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27 avril 2026
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Esteban Pinel, journaliste du Parisien

Katherine Costil, enseignant-chercheur pour Mersea à l’université de Caen

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« Ce petit ver australien qui s’accroche tant au port de Honfleur… »

Nous remercions Esteban Pinel, Journaliste du Parisien, pour cet article paru le 20/04/26 à l’issue du dernier café maritime de ce 26 Mars :

 

 » Surnommé « la gale honfleuraise », ce ver a trouvé un havre de paix dans le port normand, où il génère d’encombrants récifs accrochés aux bateaux et aux pontons. Une plaie pour les marins. Un refuge écologique, aussi.
Un grand explorateur du XXe siècle de quelques petits centimètres. À Honfleur, particulièrement, Ficopomatus enigmaticus se sent comme chez lui, dans les encombrants récifs calcaires que sécrète lui-même ce ver australien « aperçu pour la première fois en Europe en 1921, dans le canal de Caen à la mer, probablement introduit au stade larvaire par la libération d’eaux de ballast de navires », indique Katherine Costil, maître de conférences au laboratoire Mersea de l’Université de Caen. L’enseignante-chercheuse a tenu une conférence sur ces espèces exotiques des ports normands fin mars.
À Honfleur, point de nom scientifique mais un sobriquet peu flatteur : le ver est appelé « la gale honfleuraise ». « Les plaisanciers, les pêcheurs, tout le monde en a, nous dit-on au centre nautique. Ça s’accroche aux safrans, aux hélices, à la coque. » Aux pontons et même au mur du quai. « Les larves se fixent à un endroit et s’attirent. C’est une espèce grégaire. Les vers sécrètent des tubes calcaires dans lesquels ils vivent. Cela forme des masses intriquées, décrit Katherine Costil. À Honfleur, elles peuvent faire jusqu’à 40 cm et tomber sous leur poids. »
Ces ensembles qui ressemblent à des coraux sont une plaie pour les humains. « Dès qu’un bateau n’est pas régulièrement entretenu, ça peut s’accrocher et se développer. Quand on met le navire en carénage, il faut gratter », grince un marin. Les bateaux qui restent longuement amarrés dans le bassin du port, sortant peu, sont exposés (ce qui vaut aussi pour les installations portuaires donc). En 2020, une ancienne chaloupe crevettière avait marqué les esprits lors de sa sortie de l’eau pour restauration : sa coque était largement colonisée…
Des petits animaux y trouvent refuge
Pourquoi Honfleur est-il particulièrement concerné ? Les chercheurs du laboratoire Mersea ont investigué dans les ports normands et ont identifié le ver australien à Caen (en petite quantité) Carentan, Courseulles-sur-Mer, Ouistreham et, donc, Honfleur. « On remarque que la salinité de l’eau joue dans sa présence. À Honfleur, dans le bassin, l’eau est peu salée. C’est une espèce qui prospère dans ces milieux faiblement ou moyennement salés », explique l’universitaire. Ficopomatus enigmaticus affectionne également le calme. On ne le trouve pas par exemple dans l’estuaire de l’Orne, qui alterne entre eau salée et eau douce au gré des marées.
Sa présence est en revanche une aubaine pour de petits animaux qui trouvent refuge dans les récifs créés par le ver, à l’image d’un petit crabe. Les chercheurs ont identifié 15 espèces dans les masses calcaires à Honfleur. Adepte du problématique biofouling (l’accumulation de micro-organismes sur des masses immergées comme les coques de bateaux), le ver et ses tubes rendent aussi quelques services écologiques. Les incidents sur le quai de Honfleur, avec le risque d’effondrement d’immeubles, ont conduit à l’évacuation de nombreuses embarcations du vieux bassin. De quoi troubler la quiétude de l’explorateur australien, comme chez lui depuis plus d’un siècle ? Peu perturbable, il devrait encore forcer les marins honfleurais à gratter… »