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Parmi les interrogations que soulèvent les parcs éoliens marins, celle des effets de ces structures sur les organismes vivants nécessite des éclairages et c’est justement le but du programme Mobidic, qui s’intéresse aux huîtres.
Près de 175 ans après le roman Moby-Dick, c’est à nouveau à l’honneur en Normandie, mais cette fois-ci pour désigner un programme scientifique. Mobidic, pour un acronyme à rallonge – « Magnetic fields and mollusc biodiversity in the sea. Understanding the impacts of offshore wind farms in the Channel » –, compte déterminer les effets des champs magnétiques induits par les réseaux de câbles des parcs éoliens offshore sur des mollusques d’intérêt, dans la Manche : la seiche et l’huître.
Le projet est porté par Guillaume Rivière, responsable du master 2 sciences des comportements des universités de Caen et Rouen, et financé par Agence de l’eau Seine-Normandie, à hauteur de 800 000 euros. Parmi les partenaires du programme, on retrouve le laboratoire MERSEA.
« Nous nous posons la question d’une influence éventuelle des champs magnétiques liés à l’exploitation des parcs éoliens en mer sur la biodiversité des mollusques dans la Manche », détaille le professeur Guillaume Rivière, depuis son bureau de l’université de Caen. « Il y a deux modèles d’étude, l’un sur la seiche et l’autre sur l’huître. »
L’équipe caennaise va étudier les effets des câbles reliant les éoliennes à la terre sur les bivalves, en particulier sur les étapes de développement et le comportement alimentaire de l’adulte. La Manche est tout particulièrement concernée par les parcs éoliens maritimes car, en plus de celui de Fécamp, plusieurs projets sont en cours, dont celui de Courseulles-sur-Mer, à proximité de concessions conchylicoles.
Un programme en trois temps
Démarré en début d’année, le programme Mobidic va se dérouler en plusieurs étapes distinctes. D’abord, la mesure des champs magnétiques à différents endroits du parc éolien de Fécamp, puis la simulation de ces champs en laboratoire et enfin l’expérimentation des effets simulés sur les animaux.
« Notre protocole de base est conçu sur quatre conditions, depuis le minima qui repose simplement sur le fait que la Terre émet un champ magnétique naturel, jusqu’à la dernière, en pic, qui sera une exagération, soit un extrême », continue Guillaume Rivière.
Répondre aux hypothèses
Si ces recherches se limitent aux seuls champs électromagnétiques émis par les câbles de raccordement, cela ne manquera pas de nourrir la littérature scientifique au sujet des parcs éoliens, sachant que les effets sur la biodiversité ouvrent beaucoup de questionnements.
« Des études ont montré que les champs magnétiques pouvaient notamment influencer les crabes, surtout au niveau de leur reproduction qui est un peu boostée », révèle le professeur normand. « Pour l’huître, nous allons nous intéresser à différentes étapes de sa vie, à son immunité, sa reproduction, sa croissance ou encore sa reproduction. »
C’est donc dans un an, au printemps prochain, que des naissains d’huîtres seront exposés dans des conditions de champ magnétique puis les premières analyses auront lieu à l’automne, et ainsi de suite jusqu’à l’âge adulte du coquillage.
« Nous n’anticipons qu’il y aura assez peu de conséquences sur les animaux, même si vous mettez votre parc à huîtres à 200 mètres du passage du câble », rassure Guillaume Rivière. « Il faut agir par principe de précaution mais, néanmoins, les études antérieures sur les animaux – et sur les organismes bivalves notamment – n’ont pas montré d’effet dramatique. »
— Guy Pichard
